Le pâtissier Taha Boudhib : «  Les chefs tunisiens doivent davantage promouvoir la pâtisserie locale »  

A 31 ans, Taha Boudhib est un jeune expatrié franco-tunisien. De Dubaï et son bling-bling, le talent du jeune pâtissier dépasse les frontières. Après avoir fait ses gammes dans la douceur azuréenne, il est aujourd’hui en phase de séduire aux Emirats arabes unis. Entretien avec celui qui fait de la pâtisserie sa passion.

►30 Minutes| Amine Lahiba

 Si vous commenciez par présenter Taha Boudhib ?

Je m’appelle Taha Boudhib. Je suis franco-tunisien. Je suis né et j’ai vécu en France. Mes parents sont originaires de Tataouine dans le sud tunisien. Mon apprentissage de la pâtisserie s’est déroulé dans son intégralité en France, au CFA Carosse, en région niçoise. Mes premières expériences étaient au sein de quelques compagnies qui organisaient des réceptions pour le Prince de Monaco mais également pour des célébrités comme Michael Schumacher par exemple. Avec ces expériences je me suis spécialisé dans la pâtisserie fine française.

Grâce à cela, j’ai pu me perfectionner dans les pièces artistiques, les macarons, les gâteaux de mariages, en somme tout ce qui touche à la pâtisserie… Par la suite, l’opportunité de partir aux Emirats s’est présentée et je l’ai saisie. Aujourd’hui, je suis sollicité pour les fêtes de mariages à Dubaï, Abu Dhabi, Al Sharjah, Al Aïn…

Comment vous êtes-vous adapté aux exigences du luxe à Dubaï ?

Pour éviter toute sorte de déconvenues, je suis parti pendant 10 jours avant de m’installer. Je voulais justement découvrir mon nouvel environnement et me préparer à cette nouvelle vie. J’ai pu constater la richesse du pays en terme de mixité ; plusieurs nationalités cohabitent. C’était un challenge que j’ai décidé de relever. Les expériences à l’étranger vous forgent forcément au niveau professionnel mais aussi humain. J’ai eu une occasion et j’ai décidé de partir à l’aventure. Jusqu’ici je m’y plais et je ne regrette pas.

Comment êtes-vous arrivé dans le monde de la pâtisserie ? 

Etant petit, j’adorais accompagner ma mère dans la cuisine quand elle préparait les gâteaux. Je la voyais élaborer des pâtisseries tunisiennes, en l’occurrence les baklava, les makroud… Depuis mon enfance, j’ai toujours aimé les gâteaux, le sucre, le chocolat… De plus, j’habitais au-dessus d’une boulangerie. Je m’y rendais souvent pour poser des questions concernant les recettes afin de les essayer une fois chez moi. Le résultat n’était pas toujours au rendez-vous mais ça m’a permis d’apprendre (rires).

Comment avez-vous pu donc transiter entre la pâtisserie tunisienne et la pâtisserie française avec tout ce qu’elle présente comme exigences ?

Honnêtement, je m’intéressais à ce que faisais ma mère à la maison parce que j’avais un attrait pour le sucre et les mélanges d’ingrédients. Je trouvais ça génial et ça m’amusait beaucoup. J’ai toujours été attiré par la pâtisserie française. C’est de l’art, indéniablement. Rien qu’en voyant les préparations de croissant ou d’éclair, des produits basiques de la pâtisserie, on se rend compte du côté  artistique de la pâtisserie française. Chose qui m’a toujours fasciné et que j’ai toujours aimé. C’est pour cette raison que j’ai choisi de suivre cette voie.

Avez-vous rencontré des difficultés durant votre carrière ?

La plus grande difficulté c’est de progresser tout au long de sa carrière. Pour y arriver, il faut s’entrainer pour donner le meilleur de soi-même. Si nous partons du principe que nous connaissons tout, l’échec vous suivra. Il faut toujours apprendre. L’apprentissage est un processus qui dure toute une vie.

En tant que Tunisien d’origine, utilisez-vous notre pâtisserie comme source d’inspiration ?

J’essaye d’intégrer la pâtisserie tunisienne. En général je travaille sur la fusion des deux pâtisseries : tunisienne et française. Je fais cela même avec les autres pâtisseries. Ce qui plait aux gens c’est le mélange que je fais avec les produits orientaux et les produits européens. Je m’aide de certains ingrédients et saveurs pour les mettre au service de mes gâteaux. Je cite à titre d’exemple le jasmin ou l’oranger qui sont largement utilisés en Tunisie. J’applique ce principe de mélange un peu partout, avec la cannelle pour rappeler les saveurs du Maroc ou le citron noir pour rappeler celles de l’Iran. Mais il ne s’agit tout de même pas de simplement fusionner ou mélanger. Il faut savoir bien le faire pour donner quelque chose de bon. Après, viennent les essais. Et là encore c’est un travail de longue haleine. Un travail invisible mais très important.

Quels sont vos projets pour l’avenir ?

Je voudrais continuer à régaler mes clients et leur proposer d’avantage de mets. Je souhaite également continuer à prendre du plaisir dans ce que je fais. Partager mon savoir-faire avec tout le monde est aussi important. Pour la suite, seul l’avenir sait ce qu’il nous réserve. Je me concentre sur ce que je fais, à innover et à donner le meilleur de moi-même pour le plaisir des gens.

En tant que Tunisien, songez-vous à ouvrir une école en Tunisie pour justement prôner le « partage » qui vous est tant cher ?

Pourquoi pas. C’est envisageable. Ouvrir une école ou simplement organiser des sessions de master class pour partager mes connaissances et apprendre aux jeunes et moins jeunes. Après, il faut que les personnes en face soient réceptives. C’est-à-dire que les acteurs de la pâtisserie en Tunisie veuillent apprendre d’un jeune. Si on me propose de participer à des démonstrations ou autres, j’irai avec grand plaisir.

Que manque à la pâtisserie tunisienne pour bien s’exporter à l’étranger ?

Malheureusement, nos chefs privilégient la cuisine et la pâtisserie continentale, et d’ailleurs ils excellent là-dedans. C’est dommage, parce que les gâteaux tunisiens sont d’une excellente qualité. Ils doivent davantage promouvoir la pâtisserie locale.

 

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