Karim Ellouze président du club Coupe du Monde de la pâtisserie Nous aurons besoin du soutien des autorités

En marge du salon « Sirha » qui s’est tenu à Lyon entre les 21 et 25 janvier 2017, l’équipe 30Minutes a rencontré Karim Ellouze, président du club Coupe du Monde de la pâtisserie. Une occasion de revenir sur le parcours de son équipe et sur les sacrifices faits par ses membres pour représenter la Tunisie sur la scène internationale.

►30 Minutes| Amine Lahiba

Que fait la Tunisie au Salon Sirha ?
Elle participe au concours. C’est la cinquième fois que nous participons à cette coupe du monde. La première participation remonte à 2009. Auparavant, nous faisions les qualifications européennes car la coupe d’Afrique n’existait pas encore. Le niveau était très élevé et nous devrions faire face à des nations confirmées comme la France, l’Angleterre ou l’Irlande. Il fallait se classer parmi les 3 premiers et ce fut vraiment très dur. Ensuite, et à la création de la Coupe d’Afrique, nous avons dû faire la sélection en Afrique. Au départ, nous nous sommes qualifiés assez aisément pour cause d’absence de concurrence. Mais aujourd’hui, avec la Côte d’Ivoire, l’Egypte, le Maroc, l’Algérie ou encore l’Afrique du Sud – s’ils reviennent dans la compétition -, la tâche est encore plus ardue.

Un mot sur l’équipe présente aujourd’hui ?
C’est une équipe issue d’une sélection nationale à l’école hôtelière de Hammamet. Deux de cette équipe présente aujourd’hui viennent de cette école. La sélection est dirigée par le Chef Feker Jlassi, et composée de Chef Wissem Eddine Essoufi, Chef Saïd Ali Ounalli et Chef Ramon Kooli. Qui sont tous aujourd’hui des pâtissiers confirmés en Tunisie. Le Chef Jlassi voulait laisser la place aux jeunes mais nous l’avons retenu parce que c’est la seule personne à pouvoir sculpter la glace. Nous avons un manque cruel en matière de sculpture de glace.

Nous voyons actuellement (au moment de l’interview) le dessert des Tunisiens rentrer en compétition. Quelles sont vos impressions ?
Il n’est pas mal. Ce n’est pas ce qui a été prévu je vous l’avoue. Nous avons prévu un dessert beaucoup plus beau, beaucoup plus élaboré avec un moule personnalisé, sous forme d’orange coupé de travers avec un joli décor. Je pense qu’il y a eu un souci technique et l’équipe a préféré utiliser un moule simple. En revanche, la dégustation s’annonce bien. Je n’ai pas constaté de problème technique ni à la découpe ni à la présentation. On mise sur la dégustation car c’est l’épreuve la plus notée.

En arrivant sur le stand tunisien, la pièce artistique saute aux yeux. Pouvez-vous nous en dire plus ?                                                                                                   La pièce artistique est la pièce qui interpelle le plus. Mais c’est la notation de la dégustation qui rapportent le plus de points. Ce matin, l’équipe a présenté l’entremets chocolat. Ensuite, le dessert assiette. Il reste désormais l’entremets glacé et les deux pièces artistiques. Tout le monde adore ces derniers mais ce n’est pas l’élément prépondérant de la notation. En toute humilité, je ne suis pas inquiet parce que nous étions toujours bons en dégustation. En revanche, en artistique, il nous manque quelque chose.

Pourquoi ?
Il nous faudra beaucoup d’entrainement et des années pour y arriver. Nous devrions accorder beaucoup plus d’importance à cet aspect car les pièces artistiques sont faites pour être présentées dans les buffets d’hôtels. C’est ce qui nous manque en Tunisie. On frôle le ridicule parfois. Les chefs devraient s’entrainer sur le côté artistique. Si l’ONTT (ndlr : Office National du Tourisme Tunisien) se met à donner des cours réguliers, je vous assure que d’ici 5 ans nous sortirons des génies. Aujourd’hui les jeunes s’intéressent davantage à la pâtisserie.

Avez-vous reçu le soutien de  l’Etat durant cette Coupe du Monde ?
C’est le sujet qu’il ne fallait pas aborder (rires). Malheureusement non. Et pourtant nous avons besoin du soutien des autorités…

Vous n’avez pas sollicité l’ONTT ?
En toute honnêteté, nous avons essayé au départ mais nous avons abandonné très rapidement. Il faut dire que pour réussir à avoir le soutien des officiels il fallait courir dans tous les sens et suivre des procédures très compliquées. N’oubliez pas que nous sommes avant tout des pâtissiers, pas forcément à l’aise avec les démarches. Nous ne sommes pas accompagnés. Avec l’entrainement que nous devons effectuer, nos postes respectifs à tenir, c’est très compliqué. Nous payons tout de notre poche et nous fermons nos boutiques pour participer à ce genre de compétition et représenter notre pays. Nous n’avons jamais eu un soutien. Nous avons essayé mais hélas…

Malgré tous ces obstacles nous restons optimistes et espérons continuer à participer à promouvoir la cuisine tunisienne et d’une manière générale l’image de la Tunisie à l’étranger.

 

Réagir sur l'article

Veuillez saisir votre commentaire
Veuillez saisir votre nom